CAN 2025 : Statistiques, rêves et vieilles cicatrices : pourquoi cette Coupe d’Afrique s’annonce imprévisible

Publié le 16 déc. 2025 à 10:47

À quelques jours du coup d’envoi de la CAN 2025, le Maroc retient son souffle. Le pays hôte avance en favori, porté par les chiffres froids d’Opta, par un public incandescent et par une génération dorée qui a déjà fait trembler le monde en 2022. Mais comme souvent en Coupe d’Afrique, les probabilités racontent une histoire… sans jamais en écrire la fin.

Les prédictions de l’Opta Supercomputer, publiées mi-décembre, placent les Lions de l’Atlas en tête avec 19,1 % de chances de soulever le trophée. Un chiffre élevé, mais loin de la certitude. Derrière, l’Égypte (12,4 %), le Sénégal (12,3 %) et l’Algérie (12 %) forment un quatuor de prétendants crédibles, tandis que la Côte d’Ivoire, tenante du titre, apparaît étonnamment distancée, seulement septième dans la hiérarchie statistique.

Le Maroc, favori logique… et piégé par son statut

Difficile de contester la position du Maroc. Série record de 18 victoires consécutives, effectif pléthorique, joueurs clés habitués aux grands rendez-vous européens : Achraf Hakimi, Brahim Díaz, Sofyan Amrabat ou Yassine Bounou incarnent une équipe mature, sûre de ses forces. Walid Regragui dispose presque d’un luxe rare en Afrique : la possibilité de faire tourner sans affaiblir son onze.

Pourtant, l’histoire invite à la prudence. Le Maroc n’a plus remporté la CAN depuis 1976. Et avant la Côte d’Ivoire en 2024, aucun pays organisateur n’avait réussi à gagner “sa” CAN depuis l’Égypte en 2006. La pression sera immense, presque écrasante. Comme le glissait récemment un ancien international marocain en coulisses : « Le plus dur, ce n’est pas de jouer au football. C’est d’assumer qu’on doit gagner. »

Tactiquement, Regragui a trouvé un équilibre intéressant entre bloc compact et transitions rapides. Mais la CAN n’est pas la Coupe du monde. Les espaces sont plus rares, les matchs plus heurtés, et la gestion émotionnelle souvent décisive.

Sénégal, Égypte : la constance contre l’histoire

Si le Maroc impressionne, le Sénégal rassure. Sous Pape Thiaw, les Lions de la Teranga ont conservé l’ADN laissé par Aliou Cissé : intensité, puissance athlétique, profondeur de banc. Autour de cadres comme Mané ou Koulibaly, une nouvelle vague – Ismaïla Sarr, Iliman Ndiaye – apporte fraîcheur et verticalité. Sur le papier, c’est sans doute l’effectif le plus homogène du continent. Et ce n’est pas un hasard si Opta les place sur le podium.

L’Égypte, elle, reste une énigme permanente. Sept fois championne d’Afrique, jamais vraiment flamboyante, mais terriblement efficace quand elle franchit le premier tour. Mohamed Salah, à 33 ans, joue peut-être l’une de ses dernières grandes CAN. Deux finales perdues, aucune étoile internationale avec les Pharaons : l’anomalie est criante. Sous Hossam Hassan, l’équipe manque parfois de liant, mais elle conserve cette capacité unique à faire dérailler n’importe quel favori sur un match couperet.

Côte d’Ivoire, Nigeria : méfiance absolue

Voir la Côte d’Ivoire seulement septième des projections surprend. Certes, le groupe a été largement renouvelé depuis le sacre de 2024, et Emerse Faé a multiplié les tests. Mais cette équipe sait gagner moche, souffrir, attendre son moment. Et en phase à élimination directe, cela vaut de l’or. L’histoire montre que conserver son titre est rare, mais pas impossible : le Cameroun et l’Égypte l’ont fait avant.

Le Nigeria, de son côté, vit toujours sur le fil. Finaliste malheureux de la dernière édition, éliminé des qualifications pour le Mondial 2026, dépendant de Victor Osimhen… mais capable de fulgurances. Les Super Eagles n’ont pas perdu dans le temps réglementaire en 2025. Tout est là : le talent brut et le déséquilibre permanent.

Les outsiders qui peuvent tout renverser

La RD Congo et l’Afrique du Sud avancent masquées. Les Léopards de Sébastien Desabre savent défendre, encaisser peu, et frapper au bon moment. Les Bafana Bafana, eux, restent sur une impressionnante série d’invincibilité et possèdent un collectif huilé, porté par un Ronwen Williams décisif dans les cages. Ce sont typiquement des équipes qu’on n’a pas envie de croiser en quarts.

Et puis il y a la Tunisie, fidèle à sa réputation. Peu spectaculaire, mais solide comme un roc. Une défense hermétique, un sens du résultat presque cynique. En CAN, c’est souvent suffisant pour aller loin.

Une CAN ouverte, comme souvent

Au fond, ces projections disent autant qu’elles cachent. La CAN échappe régulièrement aux scénarios écrits à l’avance. Un carton rouge, une séance de tirs au but, une pelouse capricieuse… et tout bascule. Il est difficile de ne pas voir dans cette édition 2025 un symbole du football africain moderne : riche, imprévisible, parfois cruel, toujours passionnant.

Le Maroc part avec l’étiquette. Mais l’Afrique, elle, n’aime pas les étiquettes. Et c’est précisément pour cela qu’on l’attend avec autant d’impatience.