L’Asie bouscule la hiérarchie : Ouzbékistan et Jordanie s’invitent pour la première fois au Mondial

Publié le 6 juin 2025 à 10:09

Le 5 juin 2025 restera une date gravée dans les mémoires du football asiatique. Ce jour-là, deux nations ont écrit un chapitre historique en décrochant pour la première fois leur ticket pour une Coupe du monde : l’Ouzbékistan et la Jordanie. Une récompense pour des années de progrès, mais aussi l’illustration parfaite de la nouvelle ère que s’apprête à vivre le football mondial, avec une Coupe du monde élargie à 48 équipes.

Une qualification méritée, pas un cadeau

Si certains pourraient attribuer ces qualifications au nouveau format du tournoi, qui permet à l’Asie d’envoyer jusqu’à neuf représentants (contre cinq auparavant), cela reviendrait à occulter la réelle progression de ces deux sélections.

Prenons l’exemple de l’Ouzbékistan. Longtemps cantonnée à un rôle de figurant sur la scène asiatique, l’ancienne république soviétique a su se structurer en profondeur. Sous la houlette de Srečko Katanec, sélectionneur passé notamment par la Slovénie et les Émirats arabes unis, les "Loups Blancs" ont trouvé une stabilité tactique et mentale. Un nul solide décroché à Abou Dhabi face aux Émirats arabes unis (0-0) a suffi pour valider leur billet, mais c’est tout un parcours qui témoigne d’un collectif bien huilé : une seule défaite en neuf matchs, 17 buts marqués, seulement 5 encaissés.

Deux joueurs symbolisent cette montée en puissance : Abdukodir Khusanov, défenseur central de Manchester City (ex-RC Lens), et Eldor Shomurodov, l’attaquant de la Roma. À seulement 20 ans, Khusanov incarne une génération dorée qui a brillé chez les jeunes : demi-finalistes de la Coupe d’Asie U20 en 2025, vainqueurs en 2023, quarts de finalistes du Mondial U20 en 2013 et 2015. Un vivier enfin mûr pour les grandes compétitions.

Jordanie : un rêve construit à coups d’efforts

De l’autre côté, la Jordanie a arraché son sésame avec une victoire éclatante à Oman (3-0), portée par un triplé d’Ali Olwan, révélation de cette campagne. Al-Nashama, surnom de la sélection, a également bénéficié d’un coup de pouce indirect de la Corée du Sud, victorieuse en Irak, ce qui rendait leur deuxième place du groupe B intouchable.

Mais là encore, il serait injuste de parler d’un simple "coup de chance". Depuis plusieurs années, la Jordanie mise sur la stabilité et l'expérience. Elle s’appuie notamment sur Mousa Al-Tamari, ailier du Stade Rennais, véritable dynamiteur offensif et leader technique. Son impact dans le jeu rappelle l’importance des individualités dans les petits collectifs : dribbles, percussion, volume de jeu — il est la pièce maîtresse de l’animation offensive jordanienne.

La qualification est aussi une revanche pour un pays qui a longtemps échoué aux portes du Mondial. Battue en barrages en 2014, éliminée en phase de groupes en 2018 et 2022, la Jordanie a appris de ses échecs. Cette fois, elle a su conjuguer organisation défensive, efficacité offensive et solidarité collective.

Un nouveau visage pour l’Asie du football

Avec l’Iran, le Japon, la Corée du Sud et probablement l’Australie, les qualifications asiatiques pour 2026 sont en train de remodeler la carte du football en Asie. Mais ce qui est fascinant, c’est que les "nouvelles venues" ne sont pas là pour faire de la figuration.

Le cas ouzbek est d’ailleurs un modèle de transition entre un passé soviétique et un présent tourné vers les grandes compétitions internationales. Leur style de jeu — une défense compacte, des transitions rapides, et une volonté de construire depuis l’arrière — témoigne d’un football moderne, aligné sur les standards européens.

La Jordanie, de son côté, s’est démarquée par sa rigueur et son adaptation tactique. Capable de jouer en bloc bas, de contrer rapidement mais aussi de tenir le ballon face à des adversaires plus faibles, elle montre une maturité nouvelle. Elle ne sera pas favorite en 2026, mais elle ne sera plus un simple outsider anecdotique.

Et maintenant ?

Ces qualifications changent la donne, mais elles posent aussi une question : comment ces sélections peuvent-elles exister sur la grande scène ? Les précédents sont rares, mais pas inexistants. En 2002, la Corée du Sud avait atteint les demi-finales. En 2022, le Maroc a prouvé qu’un "petit" pouvait devenir très grand.

L’Ouzbékistan et la Jordanie arrivent avec peu d’expérience, mais une motivation immense. Leur réussite peut inspirer d’autres nations de la zone AFC, comme le Vietnam, la Syrie ou encore le Liban. Et dans un contexte mondial où les équilibres se déplacent, où les infrastructures se développent, la prochaine surprise pourrait bien venir de là où on ne l’attend pas.