Liverpool vend Núñez : une opération comptable, tactique... et politique ?
Publié le 9 août 2025 à 23:17
Une promesse jamais totalement concrétisée
Quand Darwin Núñez débarque à Liverpool à l’été 2022, il incarne la nouvelle ère offensive des Reds post-Mané. À 22 ans, l’attaquant arrive auréolé d’une saison à 34 buts avec Benfica. L’investissement est colossal : 85 millions d’euros (potentiellement 100 avec les bonus). Mais l’adaptation en Angleterre s’est révélée plus ardue que prévu.
En trois saisons, Núñez a inscrit 40 buts en 143 matches toutes compétitions confondues – un ratio qui, bien que respectable, déçoit au regard de son prix et de ses attentes. En Premier League, son rendement est encore plus effacé : 25 buts en 95 apparitions. Ses difficultés de finition, son manque de régularité et ses choix parfois hasardeux dans le dernier geste ont cristallisé les critiques. Symbole de cette irrégularité : la saison 2024-2025 où il ne marque que 7 fois en 47 matches, ratant notamment un penalty crucial contre le PSG en Ligue des champions.
Pour autant, Núñez a laissé quelques traces positives : sa vitesse, son pressing incessant, sa générosité dans l’effort ont souvent été salués. Il a également contribué aux succès récents du club, remportant notamment la Premier League et la Carabao Cup en 2025, ainsi que le Community Shield dès ses débuts.
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Liverpool, entre pertes financières et arbitrages tactiques
Avec ce transfert à 53 millions d’euros (potentiellement 65 avec bonus), Liverpool acte une moins-value nette. Le club perd environ 20 à 30 millions d’euros sur l’opération, mais récupère une manne précieuse dans un mercato toujours actif. D’après plusieurs sources anglaises, les Reds viseraient Alexander Isak (Newcastle), voire Bradley Barcola (PSG), pour redessiner leur ligne offensive.
Ce mouvement pourrait n’être que la première pièce d’un jeu plus large : Al-Hilal et Newcastle partagent le même propriétaire, le Public Investment Fund (PIF) saoudien. Difficile de ne pas voir dans cette vente une opération triangulaire déguisée, où la vente de Núñez à un club saoudien permet indirectement à Liverpool de débloquer des fonds pour acheter… un joueur appartenant à un autre club saoudien. Certains observateurs n’hésitent pas à dénoncer une forme de "marché circulaire" destiné à contourner certaines contraintes financières, en gonflant artificiellement la valeur d’actifs transférés entre entités affiliées.
Al-Hilal et la stratégie saoudienne : conquérir par les stars
Pour Al-Hilal, cette signature est un nouveau coup d’éclat dans un mercato marqué par la surenchère. Le club entraîné par Simone Inzaghi – récemment nommé – aligne déjà des noms ronflants : Joao Cancelo, Kalidou Koulibaly, Sergej Milinkovic-Savic, Theo Hernandez, ou encore le gardien Bono. Núñez vient enrichir cette armada avec un profil explosif, capable d’évoluer sur tout le front de l’attaque.
Inzaghi, tacticien réputé pour ses schémas à deux pointes et ses transitions rapides, pourrait exploiter à merveille la puissance et la mobilité du joueur uruguayen. Dans un championnat moins exigeant sur le plan défensif mais de plus en plus structuré, Núñez pourrait retrouver la confiance et le relâchement nécessaires pour exprimer son potentiel, comme l’a fait avant lui Cristiano Ronaldo ou Karim Benzema dans des rôles de leaders techniques.
Une fuite vers l’or… et vers l’oubli sportif ?
Ce transfert pose cependant une question essentielle : à 26 ans, Darwin Núñez choisit déjà un championnat secondaire, réputé pour sa richesse mais pas encore pour sa compétitivité. Un choix qui interroge sur ses ambitions sportives à moyen terme. "C’est un choix courageux financièrement, mais à double tranchant pour sa carrière internationale", estime le consultant uruguayen Alvaro Recoba dans El Observador. Dans un pays comme l’Uruguay, où la concurrence offensive reste vive (Luis Suárez, Facundo Pellistri, Maxi Gomez), évoluer loin de l’élite européenne peut compromettre des convocations futures en sélection.