Pioli évincé, Jorge Jesus attendu : Al-Nassr relance son projet autour de Ronaldo

Publié le 25 juin 2025 à 13:06

C'était attendu, c'est désormais officiel. Après seulement dix mois à la tête d’Al-Nassr, Stefano Pioli a été remercié par la direction du club saoudien. Malgré un bilan statistiquement honorable, l’Italien quitte Riyad sans le moindre trophée, dans un championnat où l’exigence de résultats immédiats prime sur toute forme de projet à long terme. En toile de fond : la pression d’un effectif composé de stars internationales, dont un certain Cristiano Ronaldo, et l’ombre imposante du rival Al-Hilal, champion en titre. Retour sur les raisons d’un échec et les perspectives d’un nouveau départ.

Un bilan en trompe-l'œil : des chiffres solides, mais des attentes plus grandes

Avec 28 victoires, 7 nuls et 9 défaites en 44 matchs, Pioli peut revendiquer un ratio de victoires supérieur à 63 %. Son Al-Nassr a inscrit 101 buts pour 46 encaissés, soit la meilleure attaque du championnat et une différence de buts impressionnante. Mais en Saudi Pro League, les chiffres ne suffisent plus. Car derrière cette dynamique offensive, le palmarès reste vierge : aucun titre remporté ni en championnat, ni en coupe nationale, ni sur la scène continentale.

Troisième en championnat, Al-Nassr a surtout souffert dans les confrontations directes contre Al-Hilal, qui s’est affirmé comme l’ogre du football saoudien. Les défaites dans les moments clés – notamment en demi-finales de la King's Cup et en Ligue des champions asiatique – ont terni l’image du technicien italien, incapable de transformer le talent brut de son équipe en domination tangible.

Le facteur Ronaldo : une épée à double tranchant

L’un des défis majeurs pour Pioli aura été de gérer l’influence de Cristiano Ronaldo, joueur-star du club mais aussi leader d’un vestiaire cosmopolite et ultra-exposé. Si le Portugais a continué d’empiler les buts (38 toutes compétitions confondues cette saison), son omniprésence sur le terrain et dans le management a parfois créé des tensions sous-jacentes.

Comme l’expliquait un ancien analyste vidéo du club sous anonymat : « Il faut bâtir autour de Ronaldo, pas avec lui. Les entraîneurs passent, lui reste. » Cette dynamique a pu limiter la liberté tactique de Pioli, pourtant connu pour sa flexibilité à l’AC Milan. Contraint d’adopter un jeu direct pour maximiser le rendement de CR7, il a perdu ce qui faisait sa force : l’élaboration collective et les circuits complexes.

Jorge Jesus, l’homme de la situation ?

Al-Nassr n’a pas attendu longtemps pour activer la suite. Selon Foot Mercato et des sources internes au club, Jorge Jesus est en pole position pour reprendre les rênes. À 70 ans, le technicien portugais connaît parfaitement l’écosystème du Golfe pour avoir dirigé Al-Hilal à deux reprises, dont la dernière jusqu’en mai 2025. Il a également remporté la Copa Libertadores avec Flamengo en 2019 et est réputé pour sa discipline tactique et sa capacité à dompter les vestiaires explosifs.

Son profil expérimenté semble cocher toutes les cases pour relancer un effectif galactique. Mieux encore : sa relation fluide avec les joueurs lusophones – dont Cristiano Ronaldo et Otávio – pourrait lui permettre de remettre de l’ordre dans une équipe parfois trop dépendante des individualités.

Analyse tactique : entre pressing irrégulier et manque de verticalité

Sous Pioli, Al-Nassr a alterné entre un 4-2-3-1 classique et un 4-3-3 hybride, souvent déséquilibré dans les transitions. Le pressing haut, hérité de ses années milanaises, s’est avéré inefficace contre des blocs bas bien organisés et des équipes plus physiques. L'équipe a trop souvent manqué de variations dans son jeu offensif, privilégiant les centres pour Ronaldo ou les percées de Mané.

Un comparatif avec Al-Hilal, champion en titre, est éclairant : là où Al-Nassr tentait 15 tirs en moyenne par match (dont 8 cadrés), Al-Hilal affichait une maîtrise collective supérieure, avec plus de 60 % de possession moyenne, un pressing coordonné sur 90 minutes et un jeu de position redoutable.

Retour vers la Serie A pour Pioli ?

De son côté, Pioli devrait rapidement rebondir en Italie, du côté de la Fiorentina. Ce retour dans un environnement plus familier, avec une pression médiatique plus modérée, pourrait lui permettre de reconstruire sa réputation. L’expérience saoudienne, bien que brève et frustrante, enrichit son CV d’un passage dans un football en pleine mutation – un marché où les entraîneurs européens doivent conjuguer performance et diplomatie.