CAN 2025 : Le sacre renversé, le Maroc déclaré vainqueur par la CAF après 2 mois

Publié le 18 mars 2026 à 10:49

L’histoire semblait écrite. Une finale électrique, un but en prolongation, une liesse populaire à Dakar. Et puis, deux mois plus tard, tout bascule. La Coupe d’Afrique des Nations 2025 change de mains sans qu’un ballon ne soit touché. Le Sénégal, vainqueur sur la pelouse, est déchu. Le Maroc, battu ce soir-là, est sacré sur tapis vert. Une décision rarissime, presque irréelle, qui pose une question brûlante : jusqu’où le droit peut-il réécrire le jeu ?

Une finale déjà hors norme

Revenir à ce 18 janvier à Rabat, c’est replonger dans un match sous tension permanente. Le Sénégal et le Maroc se rendaient coup pour coup dans une rencontre fermée, tactique, presque étouffante. Peu d’espaces, beaucoup d’intensité. On était loin d’un festival offensif, mais au fond, c’est souvent le prix des grandes finales.

Puis tout a dérapé dans les dernières minutes du temps réglementaire. Un but refusé aux Sénégalais, suivi d’un penalty accordé au Maroc. La décision arbitrale met le feu aux poudres. Les Lions de la Teranga quittent la pelouse, brièvement, dans un geste de protestation rarement vu à ce niveau.

C’est là que tout se joue. Pas sur la frappe de Pape Gueye en prolongation. Pas sur la panenka ratée de Brahim Diaz. Non. Dans ces minutes de flottement où le football s’arrête.

Car sportivement, le Sénégal avait fini par l’emporter. Mais juridiquement, l’histoire était déjà fragilisée.

Le règlement, froid et implacable

La Confédération africaine de football s’est appuyée sur un principe clair : toute équipe quittant la pelouse sans autorisation s’expose à un forfait. Une règle ancienne, conçue pour éviter les dérives, les pressions et les interruptions intempestives.

D’un point de vue strictement réglementaire, la décision est difficile à contester. Le Sénégal a quitté le terrain. Le texte prévoit une sanction. Elle est appliquée.

Mais le football ne se résume jamais à une lecture binaire des règlements.

Car les Sénégalais sont revenus. Le match s’est terminé. Le score a été entériné. Le trophée a été remis. Pendant deux mois, personne n’a officiellement remis en cause l’issue sportive.

C’est là que le bât blesse.

Une victoire marocaine au goût étrange

Du côté marocain, la ligne de défense est limpide : il ne s’agit pas de contester le terrain, mais de faire respecter les règles. Une position cohérente, presque institutionnelle. Et au fond, compréhensible.

Dans les coulisses, certains évoquent même un précédent nécessaire. Ne pas sanctionner ce type de comportement, ce serait ouvrir la porte à d’autres contestations, d’autres interruptions, peut-être plus graves encore.

Il est difficile de ne pas voir dans cette démarche une volonté de structurer, de professionnaliser davantage le football africain. D’imposer une rigueur.

Mais voilà : une victoire acquise sur dossier n’a jamais la même saveur.

Même au Maroc, ce sacre laisse un goût d’inachevé. Parce qu’une CAN ne se gagne pas dans un bureau. Elle se gagne dans la sueur, dans les duels, dans ces instants où tout bascule.

Colère et incompréhension côté sénégalais

Au Sénégal, la réaction est immédiate. Et violente.

Sur les réseaux sociaux, les joueurs oscillent entre ironie et indignation. « Venez les chercher », lance l’un. « On est chez les fous », écrit un autre. Le ton est brut, sans filtre. À l’image du choc ressenti.

Plus mesuré, Idrissa Gueye évoque la dignité et la fierté. Comme pour rappeler que, quoi qu’il arrive, ce groupe restera champion dans les mémoires.

Et c’est peut-être là l’essentiel.

Car au-delà du trophée, cette génération sénégalaise a marqué son époque. Par son talent, sa résilience, son identité. On pense forcément à ces grandes équipes qui, parfois, n’ont pas été récompensées à la hauteur de leur valeur.

Difficile de ne pas faire un parallèle avec certaines injustices de l’histoire du football. Des finales rejouées, des décisions arbitrales controversées, des titres discutés. Le football africain n’échappe pas à cette complexité.

Le TAS, ultime arbitre d’un feuilleton sans fin

L’affaire est désormais loin d’être terminée. Le Sénégal a saisi le Tribunal arbitral du sport. Une nouvelle bataille commence, cette fois sur le terrain juridique.

Et tout reste possible.

Le TAS a déjà eu à trancher des cas similaires, parfois en validant des décisions controversées. Le précédent de la Ligue des champions africaine 2019 est dans toutes les têtes.

Mais chaque dossier est unique. Et celui-ci est explosif.

Car au fond, ce n’est pas seulement un titre qui est en jeu. C’est la crédibilité des compétitions africaines. Leur capacité à concilier justice sportive et respect des règles.

Un symbole du football moderne

Ce feuilleton dépasse largement le cadre d’une finale.

Il raconte quelque chose du football moderne. De sa judiciarisation croissante. De cette tension permanente entre émotion et réglementation.

Le terrain ne suffit plus toujours. Les décisions se prolongent dans les bureaux, dans les commissions, dans les tribunaux.

Et parfois, comme aujourd’hui, le verdict final ne ressemble plus vraiment à ce que l’on a vu sur la pelouse.

Reste une question, simple mais essentielle : que retiendra-t-on dans dix ans ?

Le nom du vainqueur officiel ? Ou le souvenir d’un soir où le Sénégal avait conquis l’Afrique, ballon au pied, avant de la perdre autrement ?

La réponse, elle, appartient déjà aux supporters.