L’affaire Julian Alvarez change la loi : que dit la nouvelle règle sur les penalties ?

Publié le 4 juin 2025 à 10:57

Le 12 mars 2025, dans le chaudron du Metropolitano, un instant a fait basculer la saison de l’Atlético Madrid… et, indirectement, les règles du football mondial. Ce soir-là, en huitièmes de finale retour de la Ligue des champions contre le Real Madrid, Julian Alvarez transforme son tir au but. Mais la VAR intervient : l’attaquant argentin a glissé, touchant le ballon de son pied d’appui juste avant la frappe. Verdict : double contact, tir annulé. L’Atlético s’incline, la polémique enfle, et l’IFAB entre en scène. Deux mois plus tard, une nouvelle interprétation de la Loi 14 voit le jour, bouleversant une zone grise du règlement.

L’IFAB corrige le tir : une nuance essentielle

Historiquement, toute double touche — intentionnelle ou non — lors d’un penalty ou tir au but était sanctionnée. La loi ne distinguait pas la maladresse de la tricherie. Un même verdict, injuste selon beaucoup d'observateurs : tir annulé, ou marqué comme raté.

Dans une circulaire officielle datée du 2 juin 2025, l’International Football Association Board (IFAB) clarifie cette situation. Désormais, si le double contact est accidentel, comme dans le cas d’un joueur qui glisse ou trébuche, le tir devra être retiré si le ballon est entré dans le but. En revanche, si la tentative est manquée (tir à côté, sur le poteau ou arrêté par le gardien), elle reste invalide, et l'action ne pourra être rejouée.

En revanche, en cas de double contact délibéré, le texte ne bouge pas : coup franc indirect pour l’adversaire ou tir considéré comme manqué en cas de séance de tirs au but.

Une décision immédiate pour les grandes compétitions

Fait rare : cette clarification ne prendra pas effet seulement au 1er juillet 2025, date officielle d’entrée en vigueur dans toutes les compétitions, mais est déjà appliquée dans les tournois gérés par l’UEFA et la FIFA. La demi-finale de la Ligue des Nations entre l’Allemagne et le Portugal (4 juin) et la Coupe du monde des clubs aux États-Unis (dès le 14 juin) se jouent désormais sous l’égide de cette nouvelle interprétation.

Une réactivité qui souligne l’importance accordée à l’affaire Alvarez par les instances dirigeantes. L’UEFA, souvent critiquée pour sa lenteur réglementaire, a cette fois-ci préféré l’agilité à la prudence.

Pourquoi cette règle était nécessaire ?

L’affaire Alvarez a mis en lumière une faille difficile à gérer pour les arbitres, même avec l’aide de la VAR. Comme le souligne un ancien arbitre FIFA interrogé par L’Équipe, « un double contact involontaire est souvent difficile à percevoir en temps réel. La VAR peut aider, mais sans une directive claire, les interprétations divergent. »

Du point de vue du jeu, la nouvelle règle protège à la fois le joueur et le gardien. Elle reconnaît l'injustice d’un tir annulé pour un geste involontaire... tout en permettant de rejouer l'action si le gardien a été pris à défaut par une trajectoire modifiée. Ce rééquilibrage tactique est salué par plusieurs entraîneurs, à l’image de Julian Nagelsmann : « Ce n’est pas la faute du tireur s’il glisse. S’il marque, on rejoue, s’il rate, il assume. C’est juste. »

Une jurisprudence Alvarez ?

L’invalidation du tir de Julian Alvarez face au Real ne sera bien évidemment pas reconsidérée. Comme souvent en droit sportif, la règle n’est pas rétroactive. Une sentence difficile à digérer pour l’Atlético Madrid, éliminé ce soir-là (4-2 t.a.b.) malgré une prestation collective saluée. Diego Simeone ne cache pas sa frustration : « Nous avons été punis deux fois. Par la VAR, et par un règlement mal défini. »

Mais son équipe entre désormais dans l’histoire comme le catalyseur d’un changement réglementaire. D'autres joueurs avant Alvarez — pensons à John Terry ou Roberto Baggio, eux aussi victimes de glissades malheureuses sur penalty — n’ont pas connu pareille évolution des lois après leur mésaventure.

Vers une modernisation plus large des lois du jeu ?

La clarification de la Loi 14 n’est peut-être qu’un début. Depuis plusieurs saisons, l’IFAB est confrontée à des situations complexes liées aux progrès technologiques et à la vitesse d’exécution du jeu moderne. Cette décision montre sa volonté de s’adapter, en privilégiant la justice sportive à la rigidité des textes.

À l’ère de la VAR, où chaque centimètre et chaque contact peuvent être rejoués au ralenti, il est essentiel que les règles soient à la fois précises, équitables… et humaines. Le football, ce sport d’émotion, ne peut pas être arbitré comme un tableau Excel.