Le Mondial des clubs bientôt tous les deux ans ? La FIFA face à la frénésie des géants du football
Publié le 18 août 2025 à 15:48
L'argent, moteur d’un changement précipité
Il suffit de regarder les chiffres pour comprendre pourquoi l'idée séduit. Chelsea, champion en 2025, a empoché 98 millions d'euros, tandis que le PSG, finaliste, est reparti avec 92 millions. En tout, le tournoi a généré plus de 2 milliards de dollars de revenus, selon Gianni Infantino. Des montants stratosphériques, financés en grande partie par des investisseurs saoudiens via Surj Sports Investments, et qui ne laissent personne indifférent.
Cette manne financière a éveillé les convoitises de clubs absents de l’édition 2025. Liverpool, Manchester United, Barcelone ou encore Naples plaident désormais pour un tournoi tous les deux ans. Leur frustration trouve sa source dans la règle actuelle : deux clubs maximum par pays, sauf cas exceptionnels (comme pour les clubs brésiliens récemment). Une limitation que certains espèrent voir levée à l’avenir, en parallèle d’une augmentation du nombre de participants.
Un élargissement à 48 équipes : logique commerciale, hérésie sportive ?
Ce projet d’expansion n’est pas sans précédent : la Coupe du monde des nations 2026 se jouera déjà avec 48 pays, tout comme le Mondial féminin 2031. La FIFA défend donc une certaine cohérence dans sa vision, où plus d’équipes signifie plus d’inclusivité… et surtout plus de marchés à conquérir. En intégrant 16 clubs supplémentaires, l’instance toucherait davantage de territoires, d’audiences télévisuelles et de sponsors.
Mais à quel prix ? Pour les puristes, cela signifie une compétition diluée, où la qualité du jeu pourrait être sacrifiée sur l’autel de la rentabilité. D’un point de vue sportif, cela accentuerait les déséquilibres déjà visibles entre continents. Les clubs européens et sud-américains raflent l’essentiel des trophées, tandis que les représentants d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Nord peinent à dépasser les phases de groupes.
L’impact sur le calendrier : bombe à retardement
Le véritable point de friction reste cependant le calendrier international, déjà saturé par les compétitions nationales, les coupes continentales, la Ligue des champions, la Ligue des nations et les trêves internationales. La FIFA envisagerait de supprimer la trêve de juin pour libérer une fenêtre, mais cette proposition hérisse l’UEFA et les ligues nationales, notamment la Premier League, dont le patron Richard Masters a tiré la sonnette d’alarme :
"Les ligues et les joueurs n'ont pas été consultés sur le timing ou le format. Ce tournoi, c’est une expansion de la FIFA dans le football de clubs, sans concertation."
Un rapport publié par Fifpro et le syndicat mondial des joueurs avait déjà alerté en 2023 sur l’explosion du nombre de minutes jouées par les stars : entre 2018 et 2023, certains joueurs ont disputé l’équivalent de 80 à 85 matchs par saison, entre clubs et sélections. Le PSG, par exemple, n’a bénéficié que d’une semaine de préparation estivale avant son premier match de Ligue 1, conséquence directe de sa finale en Coupe du monde des clubs.
Les enjeux géopolitiques et économiques derrière le rideau
En filigrane de cette réforme, se dessine aussi une lutte d’influence. La FIFA, traditionnellement tournée vers le football de sélection, s’immisce de plus en plus dans le jeu des clubs, au détriment de l’UEFA. Le soutien affiché de mastodontes comme le Real Madrid à une Coupe du monde des clubs plus fréquente rappelle les ambitions avortées de la Super League. L’idée n’a jamais disparu, elle change seulement de forme — et d’organisateur.
L’attribution future des éditions devient également un enjeu stratégique. Qatar, Espagne, Maroc ont déjà manifesté leur intérêt pour accueillir l’édition 2029. En l’absence de candidatures ouvertes pour 2025, la FIFA promet cette fois un appel d’offres officiel, mais la politique risque encore de peser lourd dans la balance.
Une compétition à un tournant de son histoire
La Coupe du monde des clubs version 2025 avait été vendue comme une évolution ambitieuse. Son succès commercial ne fait aucun doute. Mais cette nouvelle offensive pour accélérer son rythme et élargir le format place la FIFA face à un choix crucial : garder le cap d’une croissance raisonnée ou céder aux sirènes du football-business à tout prix.
À l’heure où les joueurs, les entraîneurs et même certains dirigeants tirent la sonnette d’alarme sur la fatigue et l’usure mentale générée par des saisons interminables, l’idée de rajouter une compétition biennale de plus pourrait bien se heurter à un mur. Et ce mur, ce n’est plus seulement celui du calendrier : c’est celui de la viabilité d’un football mondial à bout de souffle.