Ligue 1 : vers une chaîne 100 % LFP, avec ou sans DAZN ?
Publié le 30 avr. 2025 à 14:30
Fin de match entre DAZN et la LFP
C’était un contrat censé courir jusqu’en 2029. Pourtant, à l’issue de la saison actuelle, DAZN ne diffusera plus les huit matchs de Ligue 1 qu’elle avait obtenus pour un montant annuel avoisinant les 375 millions d’euros. Après des mois de tensions et de négociations, l’entreprise britannique et la LFP ont trouvé un terrain d'entente : une sortie anticipée contre une indemnité de 100 millions d’euros, à laquelle s’ajouteront les 140 millions dus pour les deux dernières échéances du contrat.
Cette séparation n’est toutefois pas un divorce brutal. Car derrière ce retrait se cache une reconfiguration stratégique, où les deux parties pourraient encore se retrouver partenaires, mais sous un autre format.
La LFP veut sa propre chaîne : pari osé ou tournant historique ?
Le cœur du dossier est là : la LFP veut lancer sa propre chaîne 100 % Ligue 1 dès la saison prochaine. L’objectif ? S’émanciper des diffuseurs traditionnels pour reprendre le contrôle sur ses droits audiovisuels et tenter, à terme, de sécuriser et même d’augmenter ses revenus. Une première dans le football français à cette échelle.
Mais un tel projet, aussi novateur soit-il, n’est pas sans risques. À trois mois et demi du début du championnat, la LFP n’a ni infrastructure prête, ni certitudes sur le modèle économique, ni accord définitif avec les acteurs clés. Pour éviter le fiasco, elle cherche un partenaire solide, capable de l’accompagner dans ce virage. DAZN se positionne clairement comme ce candidat idéal.
DAZN prêt à rester dans le jeu
« Venir en France, perdre de l’argent et arrêter au bout d’un an ne fait pas beaucoup de sens. » Le ton est donné par un porte-parole de DAZN. La plateforme, propriété du milliardaire Len Blavatnik, ne souhaite pas quitter la scène française par la petite porte. Elle se dit prête à investir 100 millions d’euros pour co-développer la chaîne de la LFP, en apportant son expertise technologique et sa présence internationale.
Mais l'équation est délicate. Si la LFP choisit de poursuivre l’aventure avec DAZN, elle devra renoncer à l’indemnité de 100 millions prévue dans l'accord de sortie. Un choix stratégique qui pèsera lourd dans les délibérations du conseil d’administration prévu ce vendredi 2 mai.
Nicolas de Tavernost au centre du jeu
La récente nomination de Nicolas de Tavernost à la tête de LFP Media, la branche commerciale de la Ligue, est un signal fort. L'ancien patron de M6, qui connaît aussi bien les enjeux télévisuels que le monde du football (via son passé aux Girondins de Bordeaux), a cinq semaines pour trouver le bon partenaire et ficeler un modèle viable.
Les premiers échos évoquent des discussions jugées "constructives" avec DAZN, mais d'autres diffuseurs comme Canal+ ou Amazon pourraient aussi être sollicités. Le timing est serré, la pression immense.
L’obstacle beIN Sports : une pièce maîtresse à déplacer
Pour réussir son projet de chaîne, la LFP devra convaincre beIN Sports de lui céder le match du samedi à 17h, seule affiche qu’elle ne contrôle pas encore. La chaîne franco-qatarienne semble ouverte à la discussion, notamment si elle se voit confier la conception et la réalisation technique de la nouvelle chaîne. Un accord gagnant-gagnant n’est donc pas exclu, mais il faudra encore négocier finement.
Un public échaudé, une relance à sécuriser
Les supporters, eux, restent méfiants. Le lancement raté de DAZN en France, avec des tarifs jugés trop élevés et une expérience utilisateur critiquée, a laissé des traces. Pour séduire à nouveau, la LFP devra proposer une offre claire, accessible, et surtout, garantir une couverture fiable et qualitative de son championnat.
Ce projet de chaîne pourrait, s’il est bien mené, donner une nouvelle impulsion à une Ligue 1 en quête de rayonnement et de revenus pérennes. Mais l’échec serait lourd de conséquences pour des clubs déjà fragilisés économiquement.