Philippe Diallo rêve d’une "Premier League à la française" pour sauver le foot pro

Publié le 12 mai 2025 à 19:40

Le football français, en proie à une crise économique et institutionnelle sans précédent, pourrait bientôt connaître une transformation radicale. Philippe Diallo, président de la Fédération française de football (FFF), a dévoilé un ambitieux plan de réforme visant à redonner une nouvelle impulsion à l’élite du ballon rond français. La proposition phare ? La disparition de la Ligue de football professionnel (LFP) au profit d’une société commerciale dirigée par les clubs et la FFF, inspirée du modèle à succès de la Premier League anglaise. Une réforme qui promet de redéfinir la gouvernance, les finances et l’avenir du football français. Mais entre visions ambitieuses et résistances internes, le chemin reste semé d’embûches.

Un modèle inspiré de la Premier League anglaise : la fin de la LFP ?

Le projet phare de Philippe Diallo pourrait bien marquer un tournant décisif pour le football professionnel en France. Dans une conférence de presse tenue le 12 mai 2025, le président de la FFF a présenté une refonte totale de la structure actuelle du football professionnel. Au cœur de cette réforme : la suppression de la Ligue de football professionnel (LFP), remplacée par une société commerciale dans laquelle les clubs seraient actionnaires aux côtés de la FFF.

L’objectif est de rompre avec le modèle traditionnel de gouvernance et de donner aux clubs un rôle plus actif dans la gestion commerciale du championnat. À terme, cette société aurait pour mission de gérer non seulement les droits TV, mais aussi l’organisation matérielle du championnat et la régulation financière, deux domaines actuellement dominés par la LFP. Une évolution qui pourrait rapprocher le football français du modèle ultra-rentable de la Premier League anglaise, où clubs et fédération partagent les responsabilités et les bénéfices.

Une nouvelle gouvernance pour plus de transparence et d’efficacité

Cette réforme viserait aussi à renforcer le rôle de la FFF dans les prises de décisions cruciales pour l’avenir du football professionnel. Selon Philippe Diallo, il s’agirait d’un projet "de rupture", non pas pour modifier les hommes, mais l’architecture même du système. Ainsi, la FFF pourrait exercer un droit de veto sur des décisions stratégiques, comme les formats de compétitions ou le nombre de clubs promus et relégués.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte de crise majeure : baisse drastique des droits TV, déficit abyssal des clubs et gestion contestée de la LFP. Le projet, qui s’inspire des meilleures pratiques étrangères, a pour ambition de redorer l’image du football français et de stimuler son attractivité. Mais cette réorganisation poserait également de nouvelles questions, notamment sur l’avenir des dirigeants actuels de la LFP.

Vincent Labrune : un avenir incertain au sein du football français ?

L'un des points les plus sensibles de cette réforme touche directement Vincent Labrune, actuel président de la LFP. Réélu en septembre 2024, il a été un acteur clé de la gestion de la Ligue ces dernières années. Cependant, le modèle proposé par Philippe Diallo met en lumière l’idée d’une gouvernance plus professionnelle et plus déconnectée des luttes de pouvoir internes. Selon Diallo, la future société commerciale serait dirigée par des "professionnels" et non plus par un président élu, ce qui impliquerait nécessairement une évolution ou même la fin du mandat de Labrune.

L’avenir de ce dernier reste flou. Bien qu’il se dise favorable à une évolution vers un modèle proche de celui de la Premier League, les tensions internes au sein de la Ligue laissent présager des ajustements à venir. Diallo, tout en restant prudent sur le sujet, ne cache pas sa volonté de voir la gouvernance évoluer pour mieux répondre aux enjeux économiques du football professionnel.

DNCG, droits TV et régulation : des solutions concrètes face à la crise financière

Parallèlement à cette réorganisation structurelle, Philippe Diallo a également proposé plusieurs mesures destinées à répondre à la crise financière qui frappe de plein fouet les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2. Parmi ces mesures, le passage de la DNCG sous la responsabilité directe de la FFF pourrait permettre une régulation plus stricte des finances des clubs et, espère-t-on, un retour à l’équilibre.

Diallo a également évoqué la possibilité de plafonner la masse salariale des clubs, afin d’éviter les dérives financières qui ont conduit certains à frôler la faillite. Enfin, un débat sur la répartition des droits TV entre les clubs pourrait permettre de mieux équilibrer les recettes et d’offrir aux clubs les moins riches une part plus importante des revenus générés par la diffusion des matchs.

Un projet ambitieux, mais un chemin semé d’embûches

Si le projet de réforme présenté par Philippe Diallo peut sembler nécessaire face à la crise actuelle, il n’en reste pas moins ambitieux et complexe à mettre en œuvre. Le soutien des clubs sera crucial pour sa réussite, mais plusieurs obstacles demeurent. Le processus législatif, avec un passage au Sénat et à l’Assemblée nationale prévu pour 2025, pourrait prendre plusieurs mois, voire années, avant d’aboutir à une mise en œuvre effective.

De plus, les résistances au sein même des clubs et des ligues professionnelles, ainsi que les tensions avec certains acteurs historiques du football français, risquent de ralentir ou d’entraver l’adoption de ces réformes.

Le défi des droits TV : un tournant décisif pour l’avenir du football français

En parallèle de cette réforme structurelle, l’autre grand enjeu auquel Philippe Diallo devra faire face est celui des droits TV. Le football français, confronté à une chute dramatique des revenus liés à la diffusion de ses matchs, doit impérativement réinventer son modèle de distribution des contenus. L’arrivée de Nicolas de Tavernost, ancien patron de M6, à la tête de LFP Media pourrait marquer un tournant, notamment avec la création d’une chaîne 100 % Ligue 1. Cette initiative pourrait redonner de la visibilité au championnat et offrir une nouvelle source de revenus pour les clubs.

Si la réforme proposée par Diallo permet de remettre le football français sur de bons rails, elle passera inévitablement par une renégociation en profondeur des relations avec les diffuseurs, et notamment le géant DAZN, qui pourrait bien voir son rôle dans le championnat évoluer.